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À peine sortis du four


Jacques Nadeau

Écrire, c’était son souhait. Il n’allait pas le faire avec la plume mais avec la caméra. Empruntée mine de rien à son père sans autre commentaire, le 35 mm allait lui permettre de raconter des histoires avec une seule image, narrative et esthétique parce que sensible.

 

Dans la famille, les lettres… de plomb donnaient des ailes au sens du social et de la politique. Le père, d’abord commis au journal L’Action catholique assume bientôt la direction de l’imprimerie. Une imprimerie qui, faute des rentrées d’argent de sources publicitaires ou gouvernementales, diversifiera ses activités pour devenir la vache à lait du journal. Un journal qui relevait de l’archevêché et qui semblait avoir plus d’affinités naturelles avec l’Union nationale que le parti libéral. Des journalistes qui devaient avoir la vocation pour la « bonne littérature ».

 

Dans ce bain qu’on imagine fleuri des valeurs humanistes et de sens des affaires, un être rêveur et « délicat » (dixit sa mère) se met au monde. Un artiste intéressé aux dimensions sociologiques du quotidien couvrira les affaires de l’État. Suivant – tout de même – l’esprit du temps, le politique sera son premier focus. Il en viendra ensuite à la chose économique.

 

Encore aujourd’hui, malgré ses influences, il tient à son unicité, comme l’artiste défend son identité. Il signe de façon toute personnelle les images qu’on retiendra de ce qui ponctue la vie collective d’ici et d’ailleurs.

Déterminé, il s’attache à capter l’histoire avec une concentration rare. Autour de lui, c’est le vide. En petit bonhomme, en hauteur, à genoux, sur les coudes… il fait tout pour s’assurer le premier rang. L’œil en fusion avec son viseur, rempli de l’intensité du moment, il distille l’événement pour ne donner à partager que l’essentiel. Rendre le tout simple au lecteur présente un haut taux de difficulté. L’exercice l’amuse comme un fou.

 

Libéré du fardeau de l’équipement des premières années (agrandisseur, transmetteur, bassins, révélateurs…), Jacques Nadeau exerce-t-il aujourd’hui son métier/passion avec plus de légèreté? À en croire les images de cette galerie montée à partir d’un échantillon de son corpus photo, le fil du temps ne l’a pas délesté des valeurs qui l’ont façonné.

 

Bon visionnement, bonne écoute.

Carole Bazinet

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Jacques Nadeau est photoreporter au journal Le Devoir, à Montréal, Québec, Canada. Il a fait ses premières armes comme pigiste au Journal de Québec puis à la Presse canadienne. Premier Canadien-français entré au service de l’agence, il témoigne de la vie québécoise depuis plus de 30 ans.